De “piqueur publique” à artiste
Lorsque le travail artistique de Basquiat et Keith Harring bouscule le monde de l’art, enfin le tatouage carcéral est reconsidéré. C’est cette approche non conventionnelle d’un art qui sort des normes et qui se concentre sur l'expression brute des émotions et des pensées personnelles, ceci sans souci de perfection ou de raffinement qui rappelle l’esthétique de ce monde fermé.
Cette reconnaissance du tatouage carcéral, nécessaire ou non, n’a pas été une mince affaire. Rappelons que les grands criminologues du début du XXe siècle (et spécialistes de l’anthropométrie mesurant le corps humain pour détecter des traits de caractère) le considèrent comme un signe de dégénérescence ainsi que l’indicateur d’une personnalité sujette à la criminalité, un signe visible de marginalisation sociale. à l’instar de l’art naïf avec le douanier Rousseau dénigré et revalorisé par les impressionnistes, l’art des fous ou l’art brut jugé sans intérêt puis revalorisé par les surréalistes et plus tard Dubuffet : la peau devient une extension de l'art, autre que le canevas.
Dans l’art contemporain, il est souvent question d’explorer les esthétiques pour remettre en question les notions de beauté : «toutes les expressions sont intéressantes. Elles nous donnent quantité d’informations à déchiffrer» dixit Dr Lakra. Le beau n’est plus un attribut sinéquanone de l’art. Avec ce changement progressif de mentalité, les frontières s’effacent entre la pratique populaire du tatouage et la pratique artistique contemporaine. Un signe de ce changement est que le terme tatoueur n’est plus d’usage au profit de la dénomination «artiste-tatoueur», plus largement plébiscitée par le monde de l’art et du tatouage.
Par Debby Barthoux et Geoffroy Plantier















